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La lignée humaine.

L'Homme moderne est le seul représentant actuel d'une lignée évolutive qui s'ancre sur l'ancêtre commun partagé avec son groupe frère, le Chimpanzé. C'est donc à travers les quelques jalons fossiles qu'on cherche à retracer l'évolution qui a additionné les caractères évolutifs qui nous définissent.

Quels sont les membres actuellement admis de cette lignée ? Il faut valider au moins l'un des critères d'appartenance précédemment vus.

Quelle origine possible à l'Homme moderne ? On cherche quel(s) mécanisme(s) évolutif(s) il est possible de proposer pour conduire à notre espèce.

Un site à voir : Hominidés.com

I. Des préhumains au genre Homo.

1.1 Australopithèques et Paranthropes, -5 à -1.5 MA.

Graciles pour les uns...

A. afarensis

A. africanus

Lucy, A. afarensis
Recontitution par Marc Boulay.

Reconstruction du squelette pelvien de Lucy [en vert, les pièces osseuse de Lucy ; en bleu celles d'un autre Australopithèque ; en gris, reconstitution].

L'enfant de Taung (3 ans), A. africanus, south AFR (1924)

- On note des caractères "modernes" : Os amincis, bourrelet sus-orbitaire discret.

- La CC va de 300 à 400 cm3. Elle n'est donc pas forcément augmentée par rapport à celle du Chimpanzé ou du gorille.

Robustes pour les autres.

P. boisei, -2.4 à -1.2 MA, east AFR

P. crassidens

P. æthiopicus, -2.7 à-2.5 MA "black skull" ("Crâne noir"), KNM W 17000 lac Turkana (Kenya).

- On note la conservation de caractères archaïques : Os épais, forts bourrelets sus-orbitaires, fortes arcades zygomatiques, crête sagittale.

2 genres et de nombreuses espèces cœxistent et cohabitent (surtout dans l'Est AFR. mais pas seulement) .
- Elles présentent des associations variées de caractères archaïques et modernes : une mosaïque d'espèces, déjà.
- La CC est plus ou moins augmentée : elle reste faible ; la face est projetée en avant
- La bipédie est imparfaite, la démarche chaloupée, est attestée par certains caractères. Cette locomotion est vraisemblablement partagée avec un mode de vie arboricole.

1.2 Homo habilis, l'Homme "habile", -3 à -1.5 MA.


Twiggy, Olduvai, east AFR

H. habilis, - 1.8 MA, Kenya

- On note des caractères crâniens encore archaïques. Mais la CC est augmentée de 600 à 800 cm3. La face se redresse.

- La bipédie est améliorée (membres inférieurs robustes).

- Première industrie lithique dite oldowayenne : Galets aménagés sur une face ou chopper.

Il cœxiste et cohabite avec les Australopithèques et Paranthropes.

Ce groupe montre clairement une augmentation de CC associée à une bipédie améliorée.
600 cm3 serait le seuil d'encéphalisation expliquant la conception des premiers outils (et celle d'un habitat ?).

II. Le genre Homo, la colonisation.

1.3 Homo erectus, l'Homme debout, - 3 à -0.15 MA.


-800 000, Java

-1.8 MA, Kenya

L'Homme de Pékin, -450 000 à - 250 000 ans

-1.6 MA, 12 ans, 1.70 m

"Homme de Tautavel" (Arago), - 450 000 ans

- On note la persistance de caractères crâniens archaïques mais une forte augmentation de CC ainsi que l'accentuation de l'applatissement de la face.

- La bipédie est parfaite.

- L'industrie lithique acheuléenne montre les progrès techniques : Plus grande longueur de pierre travaillée, bifaces, perçoirs, burins et lances.

- Il utilise le feu.

Cet Homme debout va coloniser dans une première vague migratoire :
- l'Asie : Homme de Java (Pithécanthrope, - 1.2 MA), Homme de Pékin (Sinanthrope)
- puis l'Europe vers - 1 MA (Homme de Tautavel).
Il n'est plus strictement africain.

2. Néanderthaliens et Homme moderne.

Homo neanderthalensis, -120 000 à -35 000 ans.

1800 cm3, Israël

La Ferrasie, Dordogne

Sépulture, La Chapelle aux Saints.

- La morphologie est robuste, l'ossature est forte : le crâne montre un fort bourrelet sus-orbitaire et l'absence de menton. La CC atteint 1700 cm3.

- Les industries moustériennes puis solutréennes (Paléolithique inférieur à supérieur) se perfectionnent : feuille de laurier, aiguille...

Les néandertaliens apparaissent en Europe, probablement à partir d'H. erectus (Homme de tautavel = pré-Néandertalien).
Ils cohabitent pendant 50 000 ans avec les Hommes modernes et s'éteignent vers - 35 000 ans.
Au dernières nouvelles (génétiques) ils ont partagé leur ADN avec celui de l'Homme moderne.
Homo sapiens, l'Homme moderne, -150 000 ans à actuel.

Skûhl, Israël

Combe-Capelle (Cro-Magnon)

Sépulture de femme, Cro-Magnon

- Il présente les caractères que l'on observe actuellement : Ossature plus fine, CC de 1350/1400 cm3.

- Essor des techniques et des arts : Art pariétal du Magdalénien (Paléolithique sup., - 17 000 av JC).

- Maîtrise de l'abstrait, transmission des savoirs, de pair avec le langage articulé.

L'Homme moderne reste donc depuis 30 000 ans le seul représentant de la lignée humaine. Pas «très vieux» mais faisant exploser les techniques et les arts. S'il est «savant», est-il un Homme sage ?

3. Pour aller plus loin.

L'étude comparative des ADN mitochondriaux tend à valider le fait qu'Homo neanderthalensis et Homo sapiens sont deux espèces différentes.

L'extinction des Néanderthaliens ne serait donc pas la conséquence d'une fusion des 2 espèces : mais aux dernières nouvelles, il y aurait un peu d'ADN de Néanderthal dans chacun de nous.

Si on admet le remplacement des Néanderthaliens par l'Homme moderne venu d'Afrique, les modalités de ce remplacement restent inconnues.

III. L'émergence de la lignée humaine.

Toujours plus loin ?

Orrorin tugenensis, -6 Ma, Kenya.
Orrorin possède un mélange de caractères humains et simiesques. Il est toutefois plus humain que les Australopithèques éthiopiens comme Lucy, bien que 3 millions d’années plus vieux que cette dernière.
Toumaï, Tchad (Nord), probablement -7 MA.
Toumaï présente une mosaïque originale de caractères primitifs et dérivés qui permet de le distinguer à la fois des grands singes africains actuels (Gorilles et Chimpanzés) mais aussi de tous les autres genres d'hominidés fossiles décrits jusqu'à ce jour (Homo, Kenyanthropus, Australopithecus, Ardipithecus et Orrorin).

Et...Toumaï possède un certain nombre de caractères : canines petites à usure apicale, épaisseur intermédiaire de l'émail, prognathisme subnasal réduit, pas de diastème (espace entre les dents), torus sus orbitaire fort et continu, basicrâne long et horizontal, qui indiquent, sans aucune ambiguïté, son appartenance au rameau humain.

Mais aussi...

@ Une étude de l'ADN de l'homme et des chimpanzés publiée en mai 2006 dans la revue Nature rajeunit la séparation des 2 espèces à 6 millions d'années...
@ Une nouvelle découverte de dents fossilisées de chimpanzés. La séparation Homme moderne des grands singes est-elle encore repoussée ?

IV. Quelle origine à l'Homme moderne ?

Un débat... Deux théories s'affrontent quant à l'origine de l'Homme moderne et la troisième est la synthèse des précédentes.


3 hypothèses

1. "Out of Africa"ou l'arche de Noé

- Hypothèse 1 : Une dernière migration récente, - 100 000 ans, d'une nouvelle Sp d'Homo, H. sapiens , émergeant en Afr et colonisant les territoires occupés par H. erectus.

- C'est donc l'hypothèse du remplacement : L'H. moderne né en Afrique a remplaçé les erectus de l'ancien monde.

- A l'appui de cette hypothèse, des données moléculaires, celles de l'ADN mitochondrial ou ADNmt. D'où un surnom donné à cette théorie : l'Eve africaine ou Eve mitochondriale. Aussi nommée hypothèse de l'arche de Noé.


Out of Africa

2. Origine multirégionale ou l'hypothèse du candélabre.

- Hypothèse 2 : L'H. moderne descendrait des populations plus archaïques occupant diverses régions de l'ancien monde (Europe, Asie, Afr.).

- Elle est basée sur une certaine continuité des caractères morphologiques et crâniens entre les erectus et les sapiens.

- C'est une évolution "sur place" qui implique une convergence vers la même forme en même temps mais en des lieux différents, autrement dit les mêmes caractères évolutifs apparaissant en différents endroits et conservés.

3. Hypothèse mixte ou l'évolution réticulée.

- Hypothèse 3 : Elle réunit les 2 théories précédentes. Elle admet :

- Dans les 3 hypothèses, les néandertaliens font partie d'un rameau distinct. Ceci semble confirmé par les données moléculaires.

- Les différences constatées entre H. sapiens et H. néanderthalensis s'inscrivent bien au-delà du nombre maximal constaté entres Hommes modernes.


Distances moléculaires
L'évolution de la lignée humaine est qualifiée de buissonnante : buisson d'Sp qui apparaissent en un temps relativement court, qui cœxistent et cohabitent.
Chacune présente sa propre association de caractères archaïques et modernes, fait rendant difficile l'établissement d'une filiation absolue.
On admet la descendance des groupes H. habilis - H. erectus - H. sapiens. On admet aussi celle H. erectus - Néanderthaliens, un rameau différent.
Quant à l'origine de l'Homme moderne, les dernières études basées sur les données moléculaires (ADNmt et chromosome Y), tendraient à valider l'origine Africaine, donc une dernière vague migratoire amenant l'Sp à remplacer celles qui ont évolué sur place.

La lignée humaine

A suivre…

La bipédie est-elle un caractère ancestral conservé par l'homme et perdu par les grands singes et non pas un caractère évolué acquis par l'Homme ?

@ Une nouvelle hypothèse : La bipédie originelle
@ L'homme ne descend pas d'un primate arboricole, Yvette Deloison

L'ancêtre des grands singes, des Australopithèques et de l'Homme devait être un Primate bipède avec des membres non spécialisés à partir duquel ces trois groupes ont divergé. Avec le temps, ces genres ont acquis les spécialisations correspondant à leur mode particulier de locomotion, à savoir une spécialisation arboricole des extrémités pour les Australopithèques et les Grands Singes et une spécialisation pour la bipédie permanente de type humain chez l'homme.

in Yvette DELOISON - Chargé de Recherche au C.N.R.S.

Ceci remet-il en cause ce que l'on enseigne ? Nous n'avons jamais dit (et ne dirons jamais) que la bipédie est un caractère évolué, une innovation. C'est juste un critère d'appartenance à la lignée humaine.

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